Présentation du plan investigation par le ministre de l'Intérieur

Le vendredi 27 février à 16h, le ministre de l'Intérieur a réuni place Beauvau l'ensemble des organisations syndicales représentatives du périmètre police. Il était accompagné d'une délégation de la DGPN et de la Préfecture de police.
Le SICP était représenté par son secrétaire général, Tristan Coudert et sa secrétaire général adjointe, Eva Tardy.
Le Ministre a introduit la réunion en se félicitant qu'après une longue gestation, le plan investigation tant attendu puisse être enfin lancé. Il répond selon lui à une véritable urgence, puisqu'il se dit conscient de l'état catastrophique de la filière. Il a salué le très important travail des équipes qui ont eu en charge sa préparation, et a ajouté que lui-même avait dû mener un véritable "combat" pour le faire aboutir.
Le DGPN puis nos collègues de la DNPJ et de la DRHFS ont ensuite présenté à plusieurs voix le contenu du plan. Nous ne vous détaillerons pas ici ses 125 mesures, qui ont déjà fait et feront l'objet de communications administratives. Retenons simplement qu'il se décline en 8 axes :
- Gestion RH
- Rénovation des outils métier
- Professionnalisation de la filière
- Gestion des stocks de procédure
- Consolidation du pilotage
- Coordination opérationnelle de la filière
- Communication / identité
- Simplification du cadre juridique.
Ces 8 axes comprennent plusieurs mesures emblématiques qui retiendront davantage l'attention, dont :
- une refonte de la cartographie OPJ
- la création d'une spécialité investigation en formation initiale des GPX
- la création d'une prime investigation de 150 euros (déploiement progressif courant 2026) cumulable avec la prime OPJ
- la création d'une prime de haute technicité de 125 euros pour certains métiers spécifiques de l'investigation (déploiement fin 2026) cumulable avec les deux autres primes
- la création de 700 nouveaux emplois dans la filière
- le déploiement de nouveaux outils ou logiciels visant à faire gagner du temps aux enquêteurs (type analyse immédiate d'un produit stupéfiant, transcription vocale, signalisation en mobilité, accès LAPI, et XPN dont le lancement du marché public est attendu au 1er semestre).
Un comité de suivi mensuel permettra, pour chaque axe, de fixer des calendriers et échéances.
Les échanges avec la parité syndicale ont permis d'apprendre que les 3 corps étaient concernés par les mesures indemnitaires.
Lors de sa prise de parole, le SICP s'est félicité que le plan ait pu aboutir et a remercié les équipes qui ont travaillé d'arrache-pied sur une longue période pour lui permettre de voir le jour. Nous avons aussi salué l'investissement personnel du ministre. Dans une période de difficultés budgétaires, que les policiers puissent bénéficier de primes (légitimes) et d'une augmentation des ETP (nécessaire) est un signal politique qu'il convient de noter, en espérant qu'il s'agisse d'un premier pas, d'autres signes de reconnaissance étant attendus, notamment par le CCD.
Fidèles à notre ligne constante, nous avons ajouté que ce plan serait néanmoins très insuffisant sans une mobilisation globale de la chaine sécuritaire, dont la police n'est qu'un maillon parmi d'autres. Le SICP considère qu'il est illusoire de baser des réformes sécuritaires sur l'unique police, toujours zélée à se remettre en question quand les autres agrandissent les trous béants d'un bateau qui coule à coup de dogmatisme et d'inaction. Sans une véritable neutralisation des délinquants multirécidivistes et sans une refonte totale de notre procédure pénale, les moyens mis en œuvre, tout bienvenus qu'ils sont, ne resteront qu'un tout petit pas sur le chemin d'une politique de sécurité efficace.
Par ailleurs, nous avons ajouté qu'un bilan devrait être fait de la réforme de la Police nationale s'agissant, entre autres, de la filière judiciaire :
- s'agissant des commissaires de police, celle-ci a détruit toute possibilité de parcours de carrière spécialisée dans le périmètre DGPN. Dans un monde où la spécialisation est un atout, nos politiques ont parié il y a deux ans sur le "tout polyvalent", ramant pour d'obscures raisons dans le sens inverse de l'histoire. Si le plan actuel fait lui le pari de la spécialisation, il ne rattrape pas les errements d'une réforme mal pensée en termes de RH ;
- d'autre part, une réflexion devrait être menée sur le modèle d'organisation des filières. Confier un pilotage renforcé à des directions nationales uniquement chargées de la norme, mais dénuées de tout moyen RH, budgétaire, matériel ou hiérarchique sur les services dont elles ont la "charge morale" parait assez théorique pour n'importe quel connaisseur des réalités administratives. Nous nous tenons à la disposition de l'administration pour réfléchir avec elle à d'autres modèles d'organisation de la DGPN, plus intégrés, qui pourraient améliorer l'organisation du commandement d'une institution en pleine archipélisation.
Si les détails concrets de ce plan ne sont pas encore tous connus, vous pourrez compter sur le SICP pour veiller aux intérêts des commissaires de police, le CCD devant pleinement bénéficier des mesures indemnitaires, d'accompagnement et de formation contenues dans ce plan.
Nous serons comme toujours preneurs de vos retours sur son application concrète dans vos services.
Bien à vous toutes et tous,
L'équipe du SICP